L'alcool-code de la route

1. Introduction

 

La molécule d’alcool (l’Ethanol), existe depuis au moins l’ère de l’Egypte ancienne. Elle provient, essentiellement,  de la fermentation des sucres.
Plus tard, les arabes ont inventé la distillation de l’éthanol (= séparation de l’alcool et de l’eau par évaporation).
Au départ, l’alcool avait des vertus médicinales, puis au fur et à mesure, sa consommation s’est généralisée.

 

2. Définition 

 

Définition de l’alcoolémie : C’est la quantité d’alcool dans le sang. Elle s’exprime en gramme d’alcool par litre de sang ou en milligramme d’alcool par litre d’air expiré.

 

3. Les moyens de calcul de l’alcoolémie 

 

Il existe deux types de moyens de mesures :

  • Les mesures par les forces de l’ordre : l’éthylomètre électronique et/ou la prise de sang.
  • Les mesures à portée de tous : le plus fiable est l’éthylotest, mais parfois le consommateur d’alcool peut mesurer son taux en fonction du nombre de verres consommés dans un bar.

En effet, quelques soit le type d’alcool, ou la taille du verre, la quantité d’alcool est identique.

La réglementation est très précise à cet égard, puisqu’elle restreint les doses-bar à 9.6 grammes d’alcool par verre servi.

En revanche, à la maison ou chez des amis, les doses-bar ne sont, généralement, pas respectées,  il n’est alors pas possible de se fier au nombre de verre consommés.

 

Chaque verre consommé dans un bar, fait augmenter le taux de 0.20g/l de sang en moyenne.

Cette moyenne diffère selon les caractéristiques individuelles de chacun (le sexe, le poids, la masse graisseuse…)

 

 

4. Trajet de l’alcool 

 

L’alcool ingéré, passe par l’estomac, puis par les intestins.
Contrairement aux aliments, il n’est pas digéré. Il entre donc, directement, en circulation dans le système sanguin.
Par ailleurs, les organes les plus atteints par l’alcool sont : le cerveau, le foie et le cœur.

5. Elimination de l’alcool 

 

La concentration d’alcool dans l’organisme diminue grâce au foie (95%) mais aussi, à 5%, grâce à la transpiration (par la peau), à l’urine (par les reins) et à la respiration (par les poumons).

Cette diminution ne peut se faire, qu’avec le temps. En moyenne, le taux d’alcoolémie ne diminue que d’environ 0.15g/l de sang par heure.

 

II. Effets physiologiques

 

La molécule d’éthanol est tellement petite qu’elle circule dans toutes les membranes du corps.

L’alcool est une substance psychoactive, c'est-à-dire qu’elle est capable de modifier l’activité du cerveau .Il perturbe, également, la transmission de l’information nerveuse.

Ainsi, l’alcool participe à la mort des neurones formés dans l’hippocampe du cerveau (siège de la mémoire et de l’apprentissage). Les neurones servent à transmettre les messages nerveux dans le cerveau.

Chaque neurone communique entre eux grâce à l’acheminement du message de l’axone vers les terminaisons synaptiques.

A cet endroit, un autre neurone va entrer en communication par la synapse (Une synapse est une jonction entre deux neurones, et généralement entre l'axone d'un neurone et une dendrite d'un autre neurone)

Les neurotransmetteurs vont permettre le passage des informations entre les deux neurones.

Les neurotransmetteurs peuvent être excitateurs ou inhibiteurs selon le message transmis.

Ainsi, l’alcool influe directement sur les messages transmis par les neurones puisque ceux-ci sont inondés de sa molécule.

En outre, L’alcool touche tous les neurotransmetteurs du cerveau (l’acétylcholine, le GABA, la sérotonine…)

Il est à savoir, que l’alcool agit sur le circuit de la récompense (système cérébral qui motive à la réalisation d’une action).

C’est ce système qui pousse à réitérer les actions plaisantes dont le cerveau a gardé en mémoire durant sa vie.

Ce circuit de récompense réside dans le noyau d’acumbens (système dopaminergique qui gère les sensations de plaisir)  et l’ATV (aire tegmentale ventrale).

Le neurone, qui, y fait circuler les messages est la dopamine (neurone du plaisir).

Lorsqu’il y a consommation d’alcool, c’est dans le circuit de la récompense que se produit la dépendance. En effet, puisque la consommation d’alcool induit la production de dopamine, le sujet va rechercher ce plaisir et à le recommencer.

 

 

 

III. Effets psychologiques

 

L’alcool est considéré comme étant, une substance psycholeptique (produit calmant du SNC), psychoanaleptique (produit excitant du SNC), et psychodysleptique (produit perturbant du SNC).

L’alcool est le seul produit retrouvé dans ces 3 familles de produit.

Il crée, souvent, une dépendance. Il en existe 3 types :

  • Physique : dureté de la membrane neuronale, donc « résistance » à l’alcool, donc surdosage.
  • Psychologique : gestion des émotions (phénomène de résilience = phénomène qui consiste à pouvoir revenir d’un état de stress post traumatique : « remonter la pente ».)

 

FUITES

INDIVIDU =       ÉMOTIONS                   

                                                                       CONTRÔLE

L’individu entre dans une dépendance parce qu’il fuit pour l’évitement de la souffrance ou pour le contrôle de ses émotions.

  • Comportementale : cette dépendance est liée au comportement associé, par exemple : un sujet qui boit avec ses amis en soirée ou lors d’évènement avec sa famille.

Cette dépendance est difficile à supprimer puisque l’on ne peut pas rejeter ses amis ou sa famille.

Lorsque y a dépendance à l’alcool, ces 3 types sont réunis.

 

L’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) a classifié les différents usages des produits (alcool, drogues) :

  • L’usage : usage d’une substance psychoactive qui n’entraîne ni complication somatique ni dommages quelconques.
  • L’usage à risque : usage associée à une comorbidité potentielle

Ex : association d’un produit avec la conduite auto

  • L’usage nocif ou l’abus : Répétition de consommation avec conséquences somatiques, psychologiques ou sociales
  • La dépendance : existence d’une tolérance au produit, (= homéostasie du corps, donc consommation encore plus forte)

 

 

 

 

1. Conséquences sur la conduite automobile 

 

1.1 Effets psycho-actifs sur la conduite auto 

 

 

EFFETS SEDATIFS

EFFETS DESINHIBITEURS

 

Dépression, fatigue,  tendance autodestructrices

 

 

Diminution de la peur, surestime de soi

 

Pertes de mémoire et pertes d’apprentissage

 

 

Désorganisation des processus intellectuels,

 

Inattention, sommeil

 

 

Prise de risque et désorganisation

 

1.2 Effets perceptifs 

 

TAUX D’ALCOOLEMIE

EFFETS SUR LE CONDUCTEUR

 

De 0.10 à 0.30 g/l

 

Zone de tolérance physiologique, aucun trouble

 

De 0.30 à 0.50 g/l

Aucun signe clinique apparent, les gestes commencent à être perturbés. La sensibilité à la vision diminue (troubles)

 

De 0.50 à 0.80 g/l

Les temps de réaction sont allongés. Les réactions motrices sont troublées. Euphorie du conducteur.

                     

                      De 0.80 à 1.50 g/l

Automatismes de plus en plus troublées. Baisse de vigilance. La conduite est dangereuse !

 

De 1.50 à 3.00 g/l

 

 

Allure titubante. diplopie

 

De 3.00 à 5.00 g/l

 

 

Ivresse manifeste. La conduite est impossible.

 

Au-delà de 5.00 g/l

 

 

Coma pouvant entraîner la mort

 

  • L’alcool rétrécie le champ visuel (« effet tunnel »), la perception latérale des objets est donc, altérée.
    Danger dans les intersections, en agglomération, etc.
  • La perception du relief, de la profondeur, de la distance est modifiée.
    Danger en cas de dépassement
  • Le temps de réaction visuelle augmente. En cas d’alcoolémie, même légère, le temps est au minimum doublé.
    Danger en cas de freinage d’urgence

 

  • L’alcool augmente la sensibilité à l’éblouissement
    danger en cas de conduite de nuit

 

 

  • L’alcool diminue la vigilance ainsi que la résistance à la fatigue. La coordination des mouvements est perturbée.

Danger permanent dans toutes les situations de conduite.

 

L’effet désinhibant de l’alcool pousse le conducteur à sous –évaluer les risques et, donc à transgresser les règles (vitesse excessive, non-port de la ceinture de sécurité…)

A  0.5 g/l de sang, le risque d’accident est multiplié par 2.

 

1.4 Accidentologie

 

L’alcool est présent dans :

  • 10% des accidents matériels,
  • 20% des accidents corporels,
  • 35% des accidents mortels.

 

 

III. Réglementation du Code de la Route 

 

Art R.234-1 : tout conducteur d’un véhicule sous l’empire d’un état alcoolique caractérisé par Une concentration d'alcool dans le sang égale ou supérieure à 0,20 gramme par litre ou par une concentration d'alcool dans l'air expiré égale ou supérieure à 0,10 milligramme par litre pour les véhicules de transport en commun,

Une concentration d'alcool dans le sang égale ou supérieure à 0,50 gramme par litre ou par une concentration d'alcool dans l'air expiré égale ou supérieure à 0,25 milligramme par litre pour les autres catégories de véhicules, sont punis d’une contravention de 4ème classe et d’un retrait de six points. Ces sanctions sont accompagnées d’une peine complémentaire de suspension du PC pendant une durée maximum de 3 ans. Cette suspension peut être limitée à la conduite en dehors de l’activité professionnelle.

Art L.234-1 : tout conducteur d’un véhicule sous l'empire d'un état alcoolique caractérisé par une concentration d'alcool dans le sang égale ou supérieure à 0,80 gramme par litre ou par une concentration d'alcool dans l'air expiré égale ou supérieure à 0,40 milligramme par litre est puni de deux ans d'emprisonnement et de 4 500 euros d'amende. Elle entraîne aussi, le retrait de 6 points, l’annulation ou la suspension du PC pendant 3 ans max et, l’immobilisation du véhicule.

Ces 2 articles précédents s’appliquent aussi, aux enseignants de la conduite automobile accompagnés d’un élève conducteur.

NB : D’après Art L.234-8 : tout conducteur qui refuse de se soumettre aux vérifications de l’alcoolémie s’expose aux mêmes peines prévues par l’art L234-1. Des peines complémentaires sont, également prévues, notamment :

  • Des jours-amende,
  • L’interdiction de conduire certains véhicules terrestres à moteur y compris pour les véhicules dont aucun permis n’est requis, pendant 5 ans max.
  • L’accomplissement, à ses frais, d’un stage de sensibilisation à la SR.

L234-13 : tout conducteur qui commet une infraction à l’art L234-1 et L234-8, en état de récidive, est sanctionné par l’annulation systématique de son PC, avec interdiction de le solliciter à nouveau pendant 3 ans max.
Tout conducteur en infraction,  encourt également, les peines complémentaires suivantes :

  • La confiscation du véhicule si le condamné est le propriétaire ou,
  • L’immobilisation du véhicule pendant 1 an.

 

En cas de circonstances aggravantes, la circulaire du 11 Mars 2004, prévoit :

  • Que tout conducteur ayant fait l’usage de stupéfiants et d’alcool (même à un taux contraventionnel) est puni de 3 ans d’emprisonnement et de 9000 euro d’amende.
  • Dans le cas où, le conducteur a commis un homicide involontaire ou des blessures involontaires, l’annulation de son PC est prescrite avec une interdiction de le solliciter pendant 10 ans.
  • Des peines de prisons allant jusque 7 ans et une amende plafonné à 150 000 euro sont également prévus en cas d’homicide involontaire aggravé par 2 circonstances.

1. Conséquences sociétales

 

Selon le « bilan de l’accidentalité de l’année 2012 », une personne tuée « coûte » environ 1 350 000 euro.

Une personne hospitalisée plus de 24 heures « coûte » environ 150 000 euro.

Une personne blessée légèrement « coûte » environ 6 000 euro.

Environ 3 à 5 % des conducteurs en infraction le sont à cause de l’alcool.

En France, 40 000 affaires délictuelles liées à l’alcool sont jugées par an, parmi lesquelles 55 % des condamnés pour alcool récidivent et 50 % tous crimes/délits confondus retournent en prison dans les 5 ans.

 

2. Morbidités et mortalités associées

 

2.1 Morbidité 

 

  • 4 cancers des voies aérodigestives sur 5,
  • 90% des cirrhoses,
  • 4 violences faites aux femmes/ enfants sur 5 L’alcool aide au passage à l’acte.
  • 1 viol sur 4

2.2 Mortalité 

 

  • Environ 45 000 morts liés à l’alcool (maladies, etc.),
  • 2 suicides sur 3,
  • 80% des homicides non crapuleux (dont le mobile n’est pas l’argent),